La posidonie : poumon vert de la Méditerranée
La Posidonia oceanica n'est pas une algue, mais une plante à fleurs marine qui forme de vastes prairies sous-marines en Méditerranée. Ces herbiers, qui s'étendent de la surface jusqu'à 40 mètres de profondeur, couvrent environ 1 % des fonds méditerranéens mais fournissent des services écosystémiques disproportionnés par rapport à leur surface.
Un puits de carbone millénaire
Les herbiers de posidonie comptent parmi les écosystèmes les plus efficaces au monde pour la séquestration du carbone. Leurs rhizomes et racines, qui s'empilent sur des mètres d'épaisseur au fil des siècles, forment des « mattes » de matière organique compactée qui peuvent atteindre 4 à 6 mètres d'épaisseur, représentant des milliers d'années d'accumulation.
Ces mattes stockent en moyenne 175 tonnes de carbone par hectare — bien plus que la plupart des forêts terrestres. Selon des études de l'IFREMER, la posidonie séquestre environ 1,5 tonne de carbone par hectare et par an, un chiffre qui place cet écosystème au rang des meilleurs puits de carbone bleu de la planète.
Des services écosystémiques multiples
Au-delà du carbone, les herbiers de posidonie jouent un rôle essentiel pour la Méditerranée. Ils produisent de l'oxygène (un mètre carré d'herbier libère jusqu'à 14 litres d'oxygène par jour), servent de nurseries pour plus de 400 espèces végétales et 1 000 espèces animales, stabilisent les fonds marins contre l'érosion et atténuent la houle protégeant les côtes.
Les feuilles mortes de posidonie, que l'on retrouve en banquettes sur les plages, jouent aussi un rôle protecteur contre l'érosion côtière. Leur retrait systématique, souvent motivé par des considérations esthétiques, fragilise les littoraux.
Un écosystème en régression
Les herbiers de posidonie reculent de manière préoccupante. On estime qu'entre 10 et 30 % des herbiers méditerranéens ont disparu au cours des cinquante dernières années. Les causes sont multiples : ancrage des bateaux de plaisance, rejets d'eaux usées, aménagements côtiers, développement de l'alge invasive Caulerpa taxifolia et réchauffement des eaux.
Or, quand un herbier de posidonie est détruit, les mattes sédimentaires commencent à se décomposer, relâchant progressivement le carbone accumulé sur des millénaires. C'est une bombe carbone silencieuse.
Les mesures de protection en France
En France, les herbiers de posidonie sont protégés par l'arrêté du 19 juillet 1988. Leur destruction est interdite, et des zones de mouillage organisées ont été mises en place dans plusieurs communes du littoral méditerranéen pour limiter les dégâts de l'ancrage.
Le Parc national des Calanques et les parcs marins de Port-Cros et du Cap Corse intègrent la protection de la posidonie dans leurs plans de gestion. Des programmes de replantation expérimentaux existent, mais la posidonie croît très lentement (1 à 6 cm par an), ce qui rend la restauration extrêmement longue.
Quel lien avec la compensation carbone ?
Les herbiers de posidonie ne sont pas encore intégrés dans les mécanismes formels de compensation carbone en France. Le Label Bas-Carbone se concentre sur les écosystèmes terrestres (forêts, agriculture). Cependant, la communauté scientifique plaide pour l'inclusion des écosystèmes de carbone bleu dans les stratégies nationales de séquestration.
À l'échelle internationale, des projets pilotes de crédits carbone liés à la protection d'herbiers marins existent déjà (Australie, Espagne). Pour la Méditerranée, la protection de la posidonie représente un potentiel énorme de séquestration, complémentaire aux projets de reboisement forestier et d'agriculture bas-carbone.



